B. Bagayoko : la République à l'épreuve de ses élus
Des déclarations qui interrogent
Raphaël Piastra, maître de conférence en droit public, membre de DSR
10/28/202612 min read


Le nouvel édile de Saint-Denis s’est illustré à plusieurs reprises par des prises de position qui interrogent son rapport aux valeurs républicaines.
C’est d’abord le tribunal administratif de Montreuil qui s’était prononcé samedi 11 juillet à la suite d’un «déféré préfectoral». Il avait prononcé l’annulation de l'élection des adjoints au maire. Ladite mairie, remportée en mars par l’insoumis Bally Bagayoko, a annoncé vouloir «former un pourvoi devant le Conseil d’État», ce qui suspend la décision. Celle-ci faisait l'objet d'un contrôle de légalité de la part de la préfecture, comme elle peut le faire sur les décisions prises par les collectivités. En l’occurrence, la fusion des communes de Saint-Denis et de Pierrefitte-sur-Seine a eu lieu début 2025. La question était : quelle place doit être accordée, parmi les adjoints, au maire délégué de Pierrefitte, Faïd Arid, aujourd’hui deuxième adjoint de Bally Bagayoko. Le tribunal administratif a considéré que l’élection du maire délégué avait pour effet de le faire entrer dans le plafond légal du nombre d’adjoints au maire. L’élu devrait donc être inclus dans la liste des 22 adjoints élus au lieu d’être «surnuméraire» au sein d’un tableau de 23 adjoints. Cette délibération a fait l’objet d’un contrôle de légalité de la préfecture de Seine-Saint-Denis, comme elle peut le faire sur les décisions prises par les collectivités. Tous les groupes d’opposition au conseil ont souligné l’«opacité» et l’«amateurisme» de la nouvelle municipalité (https://www.liberation.fr, 12/7/26).
Une fois encore B. Bagayoko s’est négativement illustré en voulant mener « son » conseil municipal à sa guise. Rappelons qu’il n’en était pas à son coup d’essai guidé qu’il est par une conception plutôt stalinienne du pouvoir. Rappelons qu’à peine élu à Saint-Denis, le nouveau maire a d’abord « viré » presque manu militari son prédécesseur et quelques-uns de ses colistiers. L’ancien édile a confié s’être senti vraiment en danger lorsqu’il a quitté le conseil sous les huées (cf images tv). Le premier conseil municipal fut un florilège de racisme à l’envers. Un véritable clan est désormais à la tête de la mairie. Le Robert définit le clan comme un petit groupe de personnes qui ont des idées, des goûts communs. A Saint-Denis ces idées, ces goûts communs semblent désormais tournés essentiellement contre la France et ses valeurs. En tout état de cause, en faveur d’un (grand ?) remplacement. C’est ainsi que le vivent de plus en plus d’habitants de cette cité.
Dès le début, B. Bagayoko a, contre toute pratique normale d’une municipalité républicaine, invité les agents municipaux (notamment ceux de la PM) à lui « faire allégeance ». Et dans la négative il a dit ne pas les retenir. Surtout qu’il va désarmer la PM. Et il s’avère que, comme nous l’a indiqué un ancien élu, son recrutement d’agents municipaux est déjà assez nettement racialisé et qu’il y a eu plus d’une vingtaine de départs volontaires d’agents.
À défaut du «mâle dominant», maladroitement évoqué par Michel Onfray (CNews, 28/3/26) on peut parler de maire dominant. Ces pratiques communautaro-stalinienne, si elles sont confirmées, soulèvent la question du respect du pluralisme et des principes de gouvernance démocratique au sein de la municipalité. Pour connaître quelques personnes qui vivent à Saint-Denis, « l’atmosphère a totalement changé » et « un racisme à l’envers quasi systémique » a été instauré. Sans compter les racailles des quartiers sensibles de la ville qui ont dorénavant quasiment pignon sur rue.
Ensuite, B. Bagayoko joue en permanence avec les lois de la République. Et c’est peut-être le plus grave. Ainsi, il évoque une possible « insurrection populaire » en cas de victoire du RN en 2027 (Oumma.com, 9/5/26). À noter qu’Oumma est un site d'information posant un regard musulman sur l'actualité et proposant des dossiers sur l'Islam et le monde musulman. Il devient, à bas bruit, une terre de conquête des Frères musulmans. Précisons que l’Oumma est la communauté des musulmans, l'ensemble des musulmans du monde. Sa compatibilité avec les autres religions et nos valeurs républicaines pose de plus en plus problème.
Le maire de Saint-Denis va même jusqu’à dire «soit c’est nous, soit c’est eux». Rappelons-nous cette phrase : « on vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face, nous sommes en face de problèmes immenses ». Ainsi parlait Gérard Collomb lors de son discours de départ du ministère de l’Intérieur en octobre 2018. Huit ans après B. Bagayoko en fait une parfaite démonstration.
Fin septembre dernier, l’élu avait estimé que la violence pouvait être légitime, tout en jugeant préférable de l’éviter. Le 1er octobre, sur France Info, il persistait. « Je maintiens ces propos », déclarait-il, en se défendant d’encourager la violence. Des images tv l’avaient montré paradant devant des feux allumés voire en encourageant certains. À tel point que le préfet de police avait saisi la justice pour des faits présumés de provocation à commettre un délit. À force de dire que la violence est parfois « légitime », B. Bagayoko légitime ni plus ni moins ladite violence. Il a fallu les exactions du 17 octobre pour qu’il soit conduit (contraint ?) à condamner « toutes les formes de violence et les dégradations ». Toutefois sa mairie (donc lui) n’organisera pas de rassemblement sous la forme proposée par l’AMF présidée par D. Lisnard. Une question reste en suspens : où place-t-il précisément la limite entre la colère qu’il défend et les actes qu’il condamne ?
Sur le plateau de LCI ce dimanche 25 octobre, le maire de Saint-Denis, est allé jusqu’à demander l'interdiction d'antenne de tous les élus du RN avant la présidentielle de 2027. « Je suis pour dire que celles et ceux qui tiennent à longueur de journée des propos racistes ne puissent pas avoir du temps de parole », a déclaré l'édile. Quid d’un parti qui soutient et prône même parfois des propos antisémites ? Il se trouve que la Constitution contient un article selon lequel « les partis concourent à l’expression du suffrage » et qu’ « ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie « (art. 1er). Une question. Entre le RN et LFI qui respecte le moins cet article ? Etant précisé que lorsqu’un parti ne le fait pas, il peut être dissous en Conseil des Ministres sur la base de l’art. L. 121 du Code de la sécurité intérieure et sous contrôle du juge administratif. À noter que récemment MM Larcher et Retailleau ont avancé la possibilité de procéder ainsi contre LFI.
À force de jouer ainsi avec les limites pénales, M. Bagayoko risque d’être rattrapé par elles. C’est, à notre sens, uniquement une question de temps. Quelles sont donc ces limites ?
D’abord l’article 412-6 du CP énonce que le fait de diriger ou d'organiser un mouvement insurrectionnel est puni de la détention criminelle à perpétuité et de 750 000 euros d'amende. Certes l’appel à l’insurrection n’est pas incriminé en tant que tel. Ce que le code pénal vise à l’article 412-4, 4° est la provocation à des rassemblements d’insurgés, par quelque moyen que ce soit. L’article 412-3 de son côté définit le mouvement insurrectionnel comme toute violence collective de nature à mettre en péril les institutions de la République ou à porter atteinte à l’intégrité du territoire national. On n’y est pas encore, mais cela a été clairement évoqué par B. Bagayoko lorsqu’il parle d’insurrection populaire. Il faut caractériser un acte de provocation, ce qui est plus précis qu’un simple appel, et faire expressément référence à un rassemblement d’insurgés, c’est-à-dire de personnes commettant des violences collectives mettant en danger les institutions de l’État. Ces déclarations méritent d’être examinées à la lumière des dispositions pénales applicables. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il importe de distinguer la contestation politique, l’appel à la mobilisation et les comportements susceptibles de relever d’une infraction. Le discours de M. Bagayoko frôle dangereusement certaines limites. Plus la présidentielle approchera, plus il va monter le curseur à notre sens. L’histoire démontre qu’au départ d’une insurrection, il y a toujours un discours mobilisateur de préférence haineux. En l’espèce, c’est en semant le trouble contre le RN à partir de la plus grande ville détenue par un maire LFI (Saint-Denis) que la croisade commencera. Une croisade à l’envers en quelque sorte.
Encore plus récemment l’édile de Saint-Denis a estimé que « siffler la Marseillaise quand la France se déshonore par ses actes à l’international, c’est un droit à la réplique populaire ». De quoi parle-t-on ? Depuis 2007 la France n’a plus de réelle politique internationale. Et celle qu’essaye de conduire E. Macron depuis 2017 nous a fait subir un déclassement notoire qu’un sommet de Versailles, trop rutilant pour être signifiant, n’a pas modifié. Le peu qu’il y a de politique étrangère française devrait avoir l’heur de plaire au maire de Saint-Denis puisqu’elle est pro palestinienne, conciliante avec le Hamas, la Syrie et donc de facto antisémite. Rappelons l’absence aussi coupable qu’indigne d’E. Macron à la marche contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023.
Et la cerise sur le gâteau de B. Bagayoko : « Parce que les enfants de celles et ceux qui sont ici dans les grands stades, ils sont citoyens d’ici, mais aussi de là-bas. » Non monsieur le maire ! On ne peut être citoyen de « là-bas » et citoyen d’ici. On est citoyen français (avec tous les droits qui y sont attachés) et on est, de par sa parenté, de culture arabe ou africaine. Et il est aussi, chez certains, sans qu’ils ne l’éprouvent, un problème de civilisation que Samuel Huntington a parfaitement démontré (Le choc des civilisations, Odile Jacob, 1996, réédition 2021).
Le maire de Saint-Denis est français de culture malienne. C’est certainement un dilemme pour lui comme pour tant d’autres. Ce peut être également un frein à une bonne intégration. Cette double culture est mal vécue pour un grand nombre de personnes. Et lorsque se rajoute le choix d’une religion qui contient charia et jihad, cela devient problématique pour un grand nombre d’individus. Notre système d’intégration n’est pas parfait, c’est certain. Mais il a quand même fait ses preuves avec les gens qui arrivaient d’Espagne, d’Italie, du Portugal voire de Pologne. Il est vrai qu’ils partageaient les valeurs judéo-chrétiennes. Il y a heureusement tant de gens d’origine étrangère que la France a accueillis et accueille, et qui y trouvent leur place. L’immigration légale est importante dès lors qu’elle est régulée. C’est l’immigration illégale qui déstabilise tout un pays (Nicolas Pouvreau-Monti, Immigration, mythes et réalités, Fayard, 2025).
Bien des fils ou petit-fils de l’immigration ont même réussi en politique. Il en est même qui sont élus maires de grandes villes de la région parisienne (Saint-Denis, Saint-Ouen) ! Jusqu’à Gérald (Moussa) Darmanin dont le grand-père maternel était algérien (qui a servi la France durant les guerres, FFI puis harki). Il y a de quoi en être fier. Sa carrière au sommet de l’État est déjà très fournie avec les trois ministères les plus prestigieux : économie, intérieur et justice. Il y a plutôt réussi. Il n’est pas besoin de toujours tout raciser ou racialiser pour expliquer les choses. Oui, depuis des siècles il y a du racisme anti-Noir, anti-Arabe et c’est insupportable (Francisco Bethencourt, Racismes - L'histoire du racisme des croisades au XXe siècle, Arpa, 2025). Il est même apparu depuis quelques décennies du racisme anti-Blanc, moins répandu, mais tout aussi insupportable (François Bousquet, Le racisme anti-Blanc, La Nouvelle Librairie, 2026). Il faut que le débat soit clair. Ainsi que l’a très bien résumé Kofi Annan « Nous pouvons avoir différentes religions, différentes langues, différentes couleurs, mais nous appartenons tous à une seule race humaine. »
A la suite des propos du maire de Saint-Denis il y a eu quelques réactions sporadiques. Mais rien d’officiel à l’Élysée (n’est pas Chirac qui veut) ni à Matignon. En revanche M. Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a réagi : « quand on est élu de la République comme quand on est écolier (c’est parfois le même niveau !), la Marseillaise on ne la siffle pas, on la chante ». Jordan Bardella (désigné comme l’ennemi par LFI) a précisé : « Le peuple français, lui, aime et chante son hymne : il ne le siffle pas. À quels peuples exactement le maire LFI de Saint-Denis s’adresse-t-il par cynisme électoral ? Qui, en France, nourrit une telle haine à l’égard de nos symboles nationaux ? ». En d’autres termes ce sont les Anti-France. C’est un néologisme politique apparu sous la IIIè (affaire Dreyfus) et qui désigne des groupes politiques, sociaux ou religieux accusés de trahir la nation française. On croyait l’expression réservée à l’extrême droite. Or en cette fin de mandat présidentiel, la presse la réemploie ainsi que certaines macronistes. A très bon escient selon nous. Ainsi, en février 2024, le terme est utilisé par la presse concernant l’imam de Bagnols-sur-Cèze (Mahjoub Mahjoubi, proche des Frères musulmans) qui avait qualifié le drapeau tricolore de « drapeau satanique ». Il a été heureusement expulsé depuis. En août 2024, l'expression est utilisée par la porte-parole du gouvernement Prisca Thevenot, macroniste historique, concernant La France insoumise, lui attribuant la médaille d'or de l'anti-France, considérant que LFI « a un discours anti-France en permanence sur tout, sur les forces de l’ordre, sur la justice sur le rapport aux médias et sur la laïcité » (Sud-Ouest). Enfin en février 2026, l'expression est utilisée par Aurore Bergé à nouveau contre la France Insoumise dans le contexte de la mort de Quentin Deranque, militant d'extrême droite (« Aurore Bergé appelle la gauche à rompre avec LFI et le RN à faire barrage », sur 20 Minutes, 22 février 2026). Il est des assassinats qui entachent certains combats et de façon indélébile.
Que constate-t-on de façon factuelle ? Que ce nouvel anti France qui prend pied dans notre pays a comme acteur principal LFI. Et à la tête des troupes il y a notamment B. Bagayoko qui a clairement annoncé son intention d’en découdre. Envisageant même, à bas bruit, 2032.
A la suite des propos de Bally Bagayoko, le secrétaire général du parti Les Républicains, Othman Nasrou (né au Maroc et pleinement intégré lui) avait considéré avec justesse qu’« après les appels à l’insurrection, la haine de la police et l’antisémitisme, LFI franchit une nouvelle étape : la haine de la France est désormais pleinement assumée ». C’est cette haine anti France qui risque d’être le moteur de la campagne de LFI. Et elle fera flores dans les banlieues qui sont largement financées par l’État (donc nos impôts). Selon l’eurodéputée Sarah Knafo, ces banlieues sont devenues un gouffre financier pour l'État. "Chaque année, c'est huit milliards d'euros. Dans cette politique de la ville, ce qu'il faut comprendre, c'est que les résultats ont été décevants. La Cour des comptes, à longueur de rapport, dit que c'est un échec flagrant. Ces quartiers ne sont aucunement abandonnés, ils sont choyés par l'État" (CNews, septembre 2025). Marseille en capte près de 70 %. « Marseille en Grand » lancé par le Président Emmanuel Macron le 2 septembre 2021 est un contrat d'ambition pour Marseille et sa métropole, doté de quelque 5 milliards d'investissement public (localement on s’interroge encore sur l’utilisation des fonds).
N’oublions pas non plus cette phrase de B. Bagayoko qui est tout sauf un lapsus lorsque l’on connaît le positionnement de LFI sur ce point : "Nous allons faire une nouvelle marche antiraciste et antisémite ! ». Tout est dit. Les explications alambiquées données par la suite n’ont rien changé. Cela s’inscrit directement dans le créneau fixé par Rima Hassan résolument antisémite et pro Hamas (voire Hezbollah). Elle est d’ailleurs poursuivie devant le tribunal correctionnel de Paris pour apologie du terrorisme. La campagne de 2027 s’annonce déjà particulièrement tendue et nauséabonde.
La liberté d’expression et d’opinion, qu’offre la Déclaration de 1789 à tous les citoyens, a été très extensivement interprétée par le maire de Saint-Denis. Mais il fera à un moment ou à un autre la faute qui le conduira devant les tribunaux. Il suffira par exemple d’utiliser cet article : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur » (article 40 du code de procédure pénale). La justice suivra-t-elle le préfet de Paris ? On attendra de ces autorités, officiers, fonctionnaires, le courage de dire non ou stop, c’est selon. On attendra des parquets qu’ils soient inflexibles sur ces méfaits. Et surtout on est droit d’attendre de la justice, qui rend ses décisions au nom du peuple français, qu’elle sorte d’une posture trop régulièrement laxiste.
En tout état de cause, il pourrait se produire une insurrection si Mme Le Pen était élue en 2027. Son décor a déjà été planté par un élu de la République siégeant à Saint-Denis. On voit comment LFI attise le feu de la crise actuelle. Il y aura encore des signes préalables qui, espérons-le, seront traités comme il se doit par l’État en charge de l’ordre et de la concorde publics. Et ce afin d’éviter le pire dans une société.